Le cahier de Marcovaldo

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Le cahier de Marcovaldo

Message par Marcovaldo le Mar 30 Mai - 19:56

Marcovaldo, inspiré par les élans artistiques de son camarade Dwalido, s'est procuré un cahier chez le bibliothécaire du palais, et rature des vers maladroit sur les pages blanches. La nuit est profonde sur stormwind, et les torches peu à peu s'essouflent, même les défias dorment comme des enfants, et le garde, adossé au mur d'une ruelle, écrit son premier poème :

Le Garde Vagabond

Le long d'un chemin creux que nul arbre n'égaie
Un grand champ de blé mûr, plein de soleil, s'endort
Et le haut du talus, couronné d'une haie,
Est comme un ruban vert qui tient des cheveux d'or.

De la haie au chemin tombe en pente herbeuse
Que la taupe soulève en sommets inégaux,
Et que les grillons noirs à la chanson verbeuse
Font pétiller de leurs monotones échos.

Passe un insecte bleu vibrant dans la lumière,
Et le lézard s'éveille et file, étincelant,
Et près des flaques d'eau qui luisent dans l'ornière
La grenouille coasse un chant rauque et râlant.

Ce chemin est très loin du bourg et des grand'routes.
Comme il est mal commode, on ne s'y risque pas.
Et du matin au soir les heures passent toutes
Sans qu'on voie un visage ou qu'on entende un pas.

C'est là, le front couvert par une épine blanche,
Au murmure endormeur des champs silencieux,
Sous cette urne de paix dont la liqueur s'épanche
Comme un vin de soleil dans le saphir des cieux,

C'est là que vient le garde, en bête poursuivie,
Parmi l'âcre senteur des herbes et des blés,
Baigner son corps poudreux et rajeunir sa vie
Dans le repos brûlant de ses sens accablés.

Et quand il dort, le bleu vagabond, le maroufle
Aux souliers éculés, aux haillons dégoûtants,
Comme une mère émue et qui retient son souffle
La nature se tait pour qu'il dorme longtemps.
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Re: Le cahier de Marcovaldo

Message par Marcovaldo le Jeu 1 Juin - 9:31

C'est un jour de congé pour le garde, et il s'ennuie énormément. Assis sur le lit de sa chambre, il entend au dessous les rires graveleux et les voix bruyantes de l'auberge.
Et c'est le cœur réchauffé par le rhum, qu'il écrit son deuxième poème


A Dwalido Von Farns

Tu sens le vin, ô pâte exquise sans levain.
Salut, Dwalido ! Salut, trogne, crâne, ventre !
Ta bouche, dans le foin de ta barbe est une antre
Où gloussent les chansons de la bière et du vin.

Aux roses de ton nez jamais l'hiver ne vint.
Tu bouffes comme un ogre et pintes comme un chantre.
Tout les péchés gourmands ont ton nombril pour centre.
Dans Stormwind, ce grand bois, tu vis tel qu'un sylvain,

Sachant tous les sentiers, mais fuyant les fontaines,
Flairant les carrefours, les ruelles lointaines,
Où les bons mastroquets versent le bleu pivois.

Et j'aime ton plastron d'habit bardé de taches,
Ton pif rond, tes petits yeux fins, ta chaude voix,
Et l'odeur de boisson qui fume à tes moustaches.
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Re: Le cahier de Marcovaldo

Message par Marcovaldo le Dim 4 Juin - 0:07

Les vagues s'éclatent contre la coque du navire en faisant des bruits monotones. L'on entend plus dans la nuit que le bruit de la mer, et le grincement du bois des bateaux. Marcovaldo se tient assis sur le pont, il griffonne sur son cahier, et à la faible lueur de sa bougie posée près du bastingage, il écrit son troisième poème :

Sonnet mélancolique

Malheur aux pauvres ! C'est l'argent qui rend heureux.
Les riches ont la force, et la gloire et la joie.
Sur leur nez orgueilleux c'est leur or qui rougeoie.
L'or mettrait du soleil même au front d'un lépreux.

Ils ont tout : les bons plats, les vieux vins généreux,
Les bijoux, les chevaux, le luxe qui flamboie,
Et les belles putains aux cuirasses de soie
Dont les seins provocants ne sont nus que pour eux.

Bah ! Les pauvres, malgré la misère sans trèves,
Ont aussi leurs trésors : les chansons et les rêves.
Ce peu-là leur suffit pour rire quelquefois.

J'en sais qui sont heureux, et qui n'ont pour fortune
Que ces louis d'un jour nommés les fleurs des bois
Et cet écu rogné qu'on appelle la lune.
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Re: Le cahier de Marcovaldo

Message par Marcovaldo le Ven 30 Juin - 20:11

Poème pour n'importe qui

On ne sait pas pourquoi cet homme prit naissance.
Et pourquoi mourut-il ? On ne l'a pas connu.
Il vint nu dans ce monde, et, pour comble de chance,
    Partit comme il était venu.

La gaîté, le chagrin, l'espérance, la crainte,
Ensemble ou tour à tour ont fait battre son cœur.
Ses lèvres n'ignoraient le rire ni la plainte.
    Son œil fut sincère et moqueur.

Il mangeait, il buvait, il dormait; puis, morose,
Recommençait encore dormir, boire et manger
Et chaque jour c'était toujours la même chose,
     La même chose pour changer

Il fit le bien, et vit que c'était des chimères.
Il fit le mal; le mal le laissa sans remords.
Il avait des amis; amitiés éphémères !
     Des ennemis; mais ils sont morts.

Il aima. Son amour d'une autre fut suivie,
Et de plusieurs. Sur tout le dégout vint s'asseoir.
Et cet homme a passé comme passe la vie :
     Entrez, sortez, et puis bonsoir !
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Re: Le cahier de Marcovaldo

Message par Marcovaldo le Lun 10 Juil - 18:54

La mer s'étale sur l'horizon, le soleil s'y est brulée il y a quelques minutes, et son sang rougeâtre reste éparpillé sur le ciel, Marcovaldo regarde à la fenêtre, sur la table est ouvert son cahier et sa plume. Il regarde la côte sur laquelle les vagues s'écroulent, et le voiles des bateaux qui passent comme des mouettes, quelque chose qu'il ne comprend pas est en train d'exploser dans son cœur.


Poème pour un lièvre

Au temps où les buissons flambent de fleurs vermeilles,
Quand déjà le bout noir de mes longues oreilles
Se voyait par-dessus les seigles encore verts
Dont je broutais les brins en jouant au travers
Un jour que, fatigué, je dormais dans mon gîte,
La petite Margot me surprit. Je m'agite,
Je veux fuir. Mais j'étais si faible, si craintif !
Elle me tint dans ses deux bras: je fus captif.
Certe elle m'aimait bien, la gentille maîtresse.
Quelle bonté pour moi, que de soins, de tendresse !
Comme elle me prenait sur ses petits genoux
Et me baisait ! Combien ses baisers m'étaient doux !
Je me rappelle encore la mignonne cachette
Qu'elle m'avait bâtie auprès de sa couchette,
Pleine d'herbes, de fleurs, de soleil, de printemps,
Pour me faire oublier les champs, les libres champs.
Mais quoi ! l'herbe coupée, est-ce donc l'herbe fraîche ?
Mieux vaut l'épine au bois que les fleurs dans la crèche.
Mieux vaut l'indépendance et l'incessant péril
Que l'esclavage avec un éternel avril.
Le vague souvenir de ma première vie
M'obsédant, je sentais je ne sais quelle envie ;
J'étais triste; et malgré Margot et sa bonté
Je suis mort dans ses bras, faute de liberté.
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Re: Le cahier de Marcovaldo

Message par Marcovaldo le Jeu 19 Oct - 15:22

Petite chanson

Si le roi m'avait donné
Stormwind, sa grande ville
Et qu'il me fallût quitter
L'amour de ma mie,
Je dirais au roi Anduin :
"Reprenez votre Stormwind :
J'aime mieux ma mie, au gué !
J'aime mieux ma mie."
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